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Critique d'oeuvres

Patrick Edlinger a finalement laché prise !

19 Nov , 2012 // 7 416 views  

2 destins magnifiques que ceux de Patrick Edlinger et de Patrick Berhault, ambassadeurs médiatiques de l’escalade libre dans les années 80. 2 destins tragiques : déjà 7 ans que Berhault décédait lors d’une escalade et voilà que la nouvelle tombe à l’afp avant hier : « Edlinger est mort « .
Ces 2 là n’avaient pas fait que de nous emmener cathodiquement au sommet de falaises, cols enneigés, ils avaient distillé une philosophie de la Montagne basée sur la liberté, l’engagement physique, la performance gratuite sans sponsor (ou un peu pour bouffer), la rigolade, l’amitié.
Incontestablement quand Edlinger avait connu la consécration médiatique en 1982, avec le documentaire exceptionnel de Janssen, « la vie au bout des doigts », escaladant non encordé, il avait aussi involontairement relégué en dehors du champ média pas mal d’autres grimpeurs dont Patrick Berhault. A sa façon Patrick B. avait couru toute sa vie après ce rendez-vous manqué des médias des années 80, pour tomber dans une démesure l’ayant conduit à sa perte un matin de 2004 sur le Tashorn, épuisé par cette quête depuis « Devers » du même réalisateur où ses cordages de sécurité avait fait long feu devant les seuls doigts d’Edlinger. De son coté, Edlinger, tel un concorde cloué au sol depuis un accident et une paternité responsable, menait une vie que l’on croyait peinarde dans le Verdon, mais une vie diminuée où l’alcool avait atteint certains sommets, découvre-t’on aujourd’hui.
2 destins, 2 vies, où chacun à sa manière a porté un lourd fardeau pourtant chacun se prévalait à l’époque, d’être porteur d’un message de vie héritée des années contre-culture 70: liberté, nature, dénuement auxquels ils avaient accolé la grimpe.

J’étais si tendu que mes muscles se sont tétanisés vers la moitié de la voie. Aucune échappatoire possible. J’ai tourné le dos pour voir en bas ou j’allais m’écraser. Je me suis dit que c’était trop bête de finir comme ça. Et puis j’ai découvert au fond de moi des ressources que je ne soupçonnais pas. J’ai touché l’ultime et ouvert un nouveau potentiel de puissance. Je me sentais léger et j’ai finalement sorti la voie

Plus que la superficialité des résumés de leur vie au détour d’un JT annonçant ou l’ayant fait, leur décès, ils avaient bien caché derrière leurs images médiatiques de décontractés, le professionnalisme, la concentration, l’effort et la préparation physique et mentale que demandait l’escalade Solo. La mort sans honneur d’Edlinger vient de mettre un terme au meilleur sujet de la brochette sacrément gonflée de réalisateurs de montagne Janssen, Chappaz, Choquet et Chevalier, épaulé par le journaliste Asselin, sans lesquels aucune légende n’aurait pu naître sur ces falaises hostiles.

2 vies, 2 trajectoires, où équilibristes de génie à l’écran, ils avaient progressivement perdu pied dans leur vie. Patrick B. accompli en guide de haute montagne, enfermé dans le stupide pari de grimper en enfilade 82 sommets en 82 jours, Patrick E. en gestionnaire de Gite, rangé des voitures, tenaillé par je ne sais quoi et plongeant dans l’alcool.
2 vies, 2 destins, 2 impasses personnelles mais un modèle pour beaucoup de futurs grimpeurs. En y regardant de plus près, ils sont peut-être ce qu’on peut retenir de mieux des années 80 pourtant spoliées par les Thatcher et autre Reagan : oui finalement j’en veux à la société actuelle d’avoir laissé ces héros se foutrent en l’air !!!
Compilation vidéo très personnelle :

UPDATE :

Une bio rapide mais top pompée sur Sports.montagne.free.fr.


Lettre d’aurevoir d’Asselin parue sur le JDD:

Patrick, Curieusement, je ne t’ai jamais appelé par un de tes innombrables surnoms. Nous en avions encore ri quelques semaines en arrière quand tu évoquais ces « le Blond », « Dieu », « Déglingue » et autres « Homme-Araignée. « Je subis », me disais-tu, « mais en réalité je ne suis que Patrick et c’est suffisant ». Quand nous avons commencé ton livre voilà plus d’un an, je m’étais rendu à La Palud-sur- Verdon, dans ta maison de Bonlau. Nous avions mangé sur la terrasse avec tes parents, c’est toi qui avais préparé du poulet, que tu ne mangeais évidemment pas puisqu’une fois encore tu t’entraînais et, toi qui ne pesais que le poids d’un oiseau, il te semblait toujours ne pas être assez mince.

Ce fut un bon moment, un de plus, depuis toutes ces années pendant lesquelles je t’ai servi de scribe. J’aimais cela, et cela te convenait. Nous n’avions guère besoin de parler, trois blagues dites à la volée et j’avais 30 pages à écrire. Ce jour-là, tu m’as confié une malle énorme que nous avions du mal à porter. Dedans : des centaines de documents, des coupures de presse, des contrats, des lettres de fans, des revues et même des attendus de procès… « C’est toute ma vie! Tu devrais arriver à te débrouiller, j’ai mis tout cela de côté pour ma fille, pour plus tard. » Je suis reparti lesté et j’ai travaillé…

Pendant des mois, nous nous sommes retrouvés un coup chez moi, un coup chez toi. Nous avancions cahin-caha. Une vie d’homme, c’est compliqué. Une vie de Patrick, encore plus. Un jour, je ne t’ai pas trouvé au rendez-vous ; un jour, j’ai découvert un Patrick en souffrance, en désespérance. Tu as prononcé le mot de dépression. Mais ce n’était pas un mot, c’était une douleur terrible, si terrible que j’ai eu peur. Tu as parlé pour le livre, tu as parlé comme peu de gens osent le faire, tu as parlé comme un homme qui ose se regarder en face et accepte de dire sa fêlure… Je crois que cela t’a fait du bien.

Tu allais de mieux en mieux, et nous avons beaucoup ri par la suite, nous remémorant des histoires de rochers, de filles, et encore de rochers et toujours de grosses truites, comme celles qui attendaient dans ton congélateur. Quand le livre fut achevé, tu as pris le temps de relire, de corriger, de modérer, d’assouplir, et tu étais heureux. « On va faire toutes les télés! Tu verras. » J’avais le sentiment qu’il te permettait de passer à autre chose. Tu disais : « Maintenant, pour les cinquante ans qui me restent à vivre, je vais sérieusement m’activer! », et c’était parti. Dans ta tête, tu bâtissais déjà un navire avec Anne-Christine. Un navire pour faire le tour du monde, chercher des falaises inconnues, rencontrer des pirates et pêcher des thons démesurés. Un navire qui contiendrait une salle d’entraînement avec un vrai mur d’escalade. Et moi, et tous ceux qui t’aimaient, on te croyait, on savait ta capacité à rebondir… Tu étais tellement « devant nous ».

Et puis voilà, que s’est-il passé ce vendredi 17 novembre dans ta maison de Bonlau? Le saurons-nous un jour? Les médiocres et les très forts auront dix mille idées, autant de scénarios et de certitude. Moi, tu vois, je ne veux pas savoir. Je ne veux pas deviner. Je veux juste te dire que je suis allé courir avec ma douce ce samedi sur les berges de l’Isère et que c’était bon et que tu n’étais pas si loin que cela… Je veux juste te dire que mon jeune voisin qui fait de l’escalade m’a dit : « La meilleure façon de lui rendre hommage, c’est d’aller grimper. »

Voilà qui est dit, et dans les jours qui viennent, nous serons certainement nombreux pour venir te saluer une dernière fois. Les gens qui grimpent en solitaire ont leur vie au bout des doigts, et si la prise casse, le prix à payer est très fort. Tu as payé cash.

Je te quitte en te laissant le dernier mot, cette dédicace que tu as écrite et qui ouvrira ton livre. Je suis fier d’avoir été à tes côtés. Si tu vois Berhault là-haut [Patrick Berhault, mort en montagne en 2004], donne lui le bonjour :

« Je souhaite à tous les êtres, quelle que soit leur activité, de la vivre pleinement en homme libre. La vie est belle, il faut la prendre avec humour et détachement. Il faut savoir rester humble, à l’écoute des autres et s’efforcer de les aider. Peu importe si l’on juge que le monde est peuplé de crétins et de cupides, il se peut que nous en fassions partie, d’où cette idée de penser aux autres et rendre la vie plus belle pour tous. Avec toute ma sympathie! »

* La Vie au bout des doigts, cosignée Jean-Michel Asselin et Patrick Edlinger, doit être publiée en janvier aux Éditions Guérin.

Update :
France 3 diffusait une vidéo d’Asselin expliquant la bio d’Edlinger à sortir, poignant :
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One Response

  1. Grosbill21 dit :

    Je trouve très moche de colporter après sa mort, des racontards sur le fait prétendu que Patrick abusait de l alcool…, que cela soit vrai ou pas, cela ne nous regarde pas et meme on s’en fout complétement, et c’est très lâche;
    Devrons nous être juger après notre mort par quoi ou qui que ce soit parce que:
    On fume, on boit, on fume de la mariejeanne, on a baisé sans capote (c’est probable si on des enfants) si on pète, si on a roté, et j en passe…
    Nous avons un devoir de respect et de pudeur vis à vis de sa mémoire, et de sa famille, quand à ce qui est publié dans les médias… C’ est salir une personne que d’étaler des rumeurs et que la dite personne n’est plus en mesure de répondre. Qui ne s’est pas pris une cuite ou des cuites dans les moments festifs ou de désespoir ?, qui ne s’est pas pris du vin aux repas de midi et/ou du soir ? Et de toute façon meme si… L’alcool est un des meilleurs anxyolytiques et economique pour la société : c est un traitement non remboursé +++ et surtout copieusement taxé : tout benef pour l’état…
    A 20 ans c’est être festif, à 30 ans idem, à 40 ans c’est normal, à 50 ans ca devient suspect ?
    Faites aux autres ce que l on voudrait qu’ on vous fasse et ne faites pas aux autres ce que l on ne voudrait que l on ne vous fasse pas.
    Donc pour finir, de la pudeur , du respect à sa mémoire et vis à vis de sa famille. Plus de commentaires hystériques ou à la recherche de bénéfices secondaires , laissons le reposer en paix avec sa vie et ses oeuvres.

    Il faut rester factuel : mort accidentelle. . barre. Ne salissez pas/plus la mémoire de Patrick Edlinger

    Un Ami de longue date

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